Une plante oubliée : le sureau noir

Le sureau noir, ou Sambucus nigra, fait partie de la famille des Caprifoliaceæ.
C’est une plante traditionnellement employée depuis le Moyen Age pour combattre les infections respiratoires des voies supérieures, les “refroidissements”.

Galien (IIè siècle ap. J.C.) recommandait déjà le sureau contre les catarrhes et les excès de mucus. Ce savoir grec a également voyagé vers l’Asie et le sureau est intégré à la pharmacopée de la médecine ayurvédique.
En Amérique du Nord, les Amérindiens attribuaient les mêmes propriétés au sureau blanc (Sambucus canadensis) dont la composition est semblable à celle du sureau noir européen. Au Québec, le sureau blanc a longtemps tenu une place de choix dans la médecine domestique.
Au Moyen Âge, on utilisait l’eau de sureau (eau dans laquelle on a fait macérer des fleurs) pour éclaircir le teint et atténuer les taches de rousseur.
En Italie, en Belgique, en France, en Allemagne et en Angleterre, on lui reconnaît des vertus diurétiques, diaphorétiques (qui provoque la sudation) et anti-inflammatoires. Fleurs et fruits ont longtemps servi à la fabrication de boissons rafraîchissantes. Au printemps, on en buvait afin de purifier l’organisme des toxines accumulées durant l’hiver.


Botanique
Le sureau noir est un arbuste de plein soleil, commun dans les haies des bords de route et près des cours d’eau. C’est un arbuste très répandu en Europe (il supporte le froid comme le chaud, l’humidité comme la sécheresse), qui peut atteindre 4 à 5 mètres de haut.
Les feuilles opposées, assez grandes, sont formées de 5 à 7 folioles ovales, elles dégagent une odeur forte quand on les froisse.
Il fleurit au printemps, entre mai et juillet selon la latitude, les inflorescences en ombelles, pouvant atteindre 25 cm de diamètre, sont constituées de petites fleurs blanc-jaune agréablement parfumées. Les fleurs (hermaphrodites à 5 parties) donnent des fruits en grappes pendantes; ce sont des baies d’un noir brillant à maturité, qui contiennent plusieurs graines aplaties dans une pulpe aqueuse très colorée, rouge-violacée.


Composition chimique

Fleurs
• Flavonoïdes : <3%
• Acides phénoliques (chlorogénique, caféique, férulique..)
• Stérols
• HE : < 0,2%)
• Mucilage
• Tanins
Feuilles
• Glucosides cyanogénétiques

Baies

• Flavonoïdes dont des anthocyanosides (pigments à cyanidol et pélargonidol)
• Anthocyanosides
• Vitamines A, B2, C, acide folique
• Sucres simples
• Acides organiques (citrique, malique),
• Autres composants pharmacologiquement intéressants (catéchine, quercétine, kæmpférol, apigénine, hespéritine, lutéoline), acides triterpéniques

Toutes les parties du sureau noir (et dans une moindre mesure les fleurs) contiennent des hétérosides cyanogénétiques qui peuvent après absorption libérer par un processus enzymatique de l’acide cyanhydrique. Ces composés sont instables et sont détruits par la chaleur. Les intoxications humaines sont rares car les parties du sureau qui en contiennent sont amères (hormis les fruits) ce qui n’incite pas à les avaler, et l’organisme est capable de désintoxiquer assez rapidement de petites quantités de cyanures.
Les feuilles, les tiges, l’écorce, les racines et les graines sont les parties qui contiennent le plus de composés cyanogènes, mais elles sont également émétiques et purgatives par effet toxique.


Propriétés

Antiviral
En Israël, une étude a révélé en 1995 que 90% de patients grippés se sont rétabli 2 à 3 jours après avoir consommé des extraits de baies de sureau alors que 90% de ceux qui avaient pris un placebo ont mis jusqu’à 6 jours pour guérir.
Les substances antivirales ne sont pas clairement définies mais on suppose que les extraits de sureau agissent sur l’hémagglutinine du virus influenza, empêchant ainsi son adhésion aux cellules de la muqueuse respiratoire.

Sudorifique

Diurétique
La fleur de sureau noir est un des meilleurs diurétiques de la pharmacopée. L’écorce interne est également un diurétique classique, par son contenu en nitrate de potassium, mais on lui préfère les fleurs car non toxiques à dose normale.

Antioxydant
Une fois cuits et détoxifiés, les fruits sont une source très intéressante de polyphénols. La biodisponibilité est bonne, ils sont absorbés au niveau intestinal en conservant leur capacité antioxydante.

Catarrhes et allergies
Les préparations à base de fleurs augmentent la résistance aux infections, elles soignent les bronchites chroniques, les otites, les allergies et les candidoses.

Arthrite
Les décoctions de fleurs sont diurétiques et stimulent la transpiration. Efficaces en cas d’arthrite, elles favorisent l’élimination des déchets.

Adoucissant
Notamment en application sur une zone enflammée : décoction mucilagineuse.


Posologie

Fleurs
·Infusion : 3 g à 5 g de fleurs séchées dans 150 ml d’eau bouillante durant 10 à 15 minutes. Boire 3 tasses par jour.
·Décoction : une grosse poignée de fleurs sèches dans un litre d’eau (10 minutes d’ébullition et 10 minutes en infusion) : application une fois tiédie en compresses sur la peau enflammée, irritée ou desséchée
·Extrait fluide (1 :1, g/ml) : 1,5 ml à 3 ml par jour
·Teinture (1 : 5 g/ml) : 2,5 ml à 7,5 ml par jour (30 à 50 gouttes 1 à 3 fois par jour)

Baies

·Sirop : même poids de fruit mûr et de sucre, ébullition 15 minutes et filtration pour éliminer les graines
·Rob : une partie de sucre et 4 parties de fruits, ébullition, filtration puis ébullition lente jusqu’à obtenir un liquide à consistance de miel. Le sirop ou le rob se consomment purs (une cuillerée à café 2 à 3 fois par jour) ou dilué dans un verre d’eau froide ou chaude.
Il existe en pharmacie des extraits de sureau (fleurs ou fruits) à des concentrations variées (Sambucol).


Attention

Contre-indications
·Grossesse, allaitement et jeunes enfants.L’OMS déconseille l’usage des fleurs de sureau chez les femmes enceintes, allaitantes et chez les jeunes enfants en raison de l’insuffisance de preuves quant à leur innocuité.
·Personnes allergiques aux plantes de la famille des caprifoliacées.
Effets indésirables
·Rarement, légers troubles gastro-intestinaux passagers.
Interactions
Avec des plantes ou des suppléments
·Théoriquement, les effets du sureau pourraient s’ajouter à ceux des plantes ou des suppléments qui ont une action diurétique, décongestionnante ou anti-inflammatoire.
Avec des médicaments
·Théoriquement, les effets du sureau pourraient s’ajouter à ceux des médicaments de synthèse qui ont une action diurétique, décongestionnante ou anti-inflammatoire.
·Théoriquement, le sureau pourrait contrer les effets des immunodépresseurs.


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