Enchaînement de Taichi

Neurosciences et tai chi

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Comment mémoriser un enchaînement de tai chi ? Quel est l’apport des neurosciences ?

L’apprentissage du tai chi demande un effort répété, de l’humilité avant de gagner en sérénité et trouver le geste fluide. Dans un premier temps, tout apprenant est confronté à une difficulté de mémorisation de la séquence des mouvements de l’enchaînement (24, 48, voire plus).

L’apport récent des neurosciences peut aider à adopter une bonne stratégie et répondre à la question que tout débutant se pose.
Faut-il apprendre d’abord le déroulé des mouvements du tai chi puis revenir à chaque mouvement pour l’intérioriser ou bien avancer pas à pas, bien mémoriser un mouvement avant de passer au suivant ou encore utiliser les deux techniques simultanément (ce que l’on tendance à faire spontanément) ?

Au-delà d’une propension individuelle à plus ou moins bien apprendre sur différents plans (spatial, temporel ou spirituel), quel est l’apport des neurosciences ?
Il est en outre intéressant de constater que les rites religieux sont une succession de séquences répétées plus ou moins dans le même ordre dans le but de transmettre et de renforcer ainsi l’appartenance à une tradition, à une identité ou une communauté. De tout temps, l’homme s’est efforcé de ritualiser les apprentissages fondamentaux, comblant les faiblesses de sa mémoire à l’aide de différentes techniques. Ceci était surtout vrai avant la découverte récente de l’imprimerie par Gutenberg.


Le tai chi des souris – Stéphanie Yue

 

L’apprentissage du tai chi : la bonne stratégie

 

Le premier enseignement est qu’il convient d’apprendre d’abord l’ordre des mouvements du tai chi puis de corriger ensuite les détails.
Deux types d’erreurs peuvent être commis quand on apprend une séquence de mouvements :

  • des erreurs portant sur l’ordre des gestes que l’on doit enchainer, ce qui revient à retenir la séquence dans le temps et l’espace ;
  • des erreurs de trajectoire ou de manque de précision dans l’exécution d’un geste ou d’une mauvaise posture prise (point d’appui imparfait, contraction inopérante et surtout inutile des muscles, crispation du visage).

Comme tout bon élève, on essaye d’améliorer ces deux aspects simultanément par souci d’efficacité.
Or les neurosciences nous apprennent qu’il s’agit d’une mauvaise stratégie, qu’elle est contre-productive. Autrement dit, il est plus bénéfique en termes d’apprentissage, d’apprendre complètement l’ordre des mouvements avant de se préoccuper de leur exécution précise.

 

Que disent les neurosciences ?

Les expériences menées par deux chercheurs, Hirosaka et Ghilardi, consistait à demander aux sujets d’aller poser un doigt sur un point précis d’un tableau. Le geste à effectuer est simple et doit être fait le plus rapidement possible. Il n’y a pas de contrôle possible du geste au début de sa réalisation, en revanche l’anticipation a une grande importance.
Très rapidement, une deuxième séquence de mouvements était demandée aux sujets de l’expérience.

On a constaté deux choses :
Les sujets réussissent à améliorer la précision de leurs gestes lorsqu’ils connaissent parfaitement l’ordre de ces gestes. Ils peuvent non seulement les exécuter mais aussi les décrire voire les visualiser. Les erreurs d’imprécision ou de trajectoires diminuent.
Dans un second temps, il apparait que l’introduction d’un deuxième geste à effectuer interfère fortement l’apprentissage de la séquence complète. Que se passe-t-il ? On croit savoir le premier geste, mais à peine a-t-on introduit un second qu’il semble impossible de se le rappeler parfaitement ! Cela rend soudain la séquence complète chaotique. On se sent un peu bête mais rien de grave : c’est comme cela que fonctionne le cerveau.

En fait, l’apprentissage du second geste n’a pas effacé ce que nous savions avant, il a simplement diminué la possibilité de s’en souvenir. Qui plus est, que l’on introduise l’apprentissage d’un deuxième geste rapidement (dans les 5 minutes) ou le lendemain (24 heures après) ne change rien à l’affaire, c’est tout aussi perturbant.
L’effet s’estompe en faisant répéter une dizaine de fois voire jusqu’à vingt fois le premier mouvement. Peu à peu le mouvement est réalisé de plus en plus vite avec de moins en moins d’erreurs, même et surtout après un deuxième mouvement couplé au premier. La série est alors consolidée. C’est le second enseignement des neurosciences.

Transposer ces résultats au tai chi nécessite quelques précautions car contrairement à la séquence rapide des gestes à effectuer de l’expérience, la pratique du tai chi se caractérise par sa lenteur. Il est donc possible de mieux contrôler son geste dès le début de son exécution et de corriger les éventuelles imperfections.

 

Apprentissage du tai chi : les conséquences pratiques

 

Dans un premier temps
Pour l’élève : si le rythme d’apprentissage peut s’avérer, au début, trop élevé pour certains. Rien de grave là encore, il suffit de se concentrer sur l’ordre des gestes dans un premier temps, reproduire approximativement l’ensemble puis une fois l’ordre connu, améliorer sa précision. Prévenez l’enseignant de cette stratégie afin de lui éviter de vous corriger sans cesse au départ (c’est démoralisant pour vous, c’est une pure perte de temps pour lui).
De son côté, l’enseignant attendra que l’ordre des gestes soit bien mémorisé avant d’entreprendre le travail de correction portant sur la précision.

Dans un deuxième temps
Pour l’élève : comment ne pas perdre ce qui a été appris avant ? Une seule solution : travailler, travailler jusqu’à saturation jusqu’à être convaincu de savoir reproduire le mouvement avec le moins d’imprécisions possibles. Dès lors, l’apprentissage est consolidé. Par conséquent, il est illusoire d’aller trop vite, il est important de respecter son rythme propre.
Pour l’enseignant, il est contre-productif de demander à un élève débutant d’apprendre dans les moindres détails un mouvement si le précédent n’est pas complètement consolidé. Toute la difficulté est de s’adapter eu rythme de chacun. Un groupe n’est jamais homogène.

 

Le corps physique et au-delà…

Nous n’avons pas parlé de l’essence du tai chi qui sur un plan plus élevé touche au spirituel.
L’exécution correcte d’une séquence de mouvements n’est pas un but en soi. Le chemin pour y parvenir est le plus important. On peut très bien travailler un seul mouvement et le travailler sans relâche (c’est déjà du tai chi !), le ressentir, l’intérioriser, se dégager du temps et de l’espace, des contingences matérielles sur lesquelles cet article s’arrête. Pour atteindre une forme de vacuité.
C’est un autre stade de l’enseignement qui s’affranchit des mouvements visibles pour le profane. L’essentiel n’étant plus dans ce que l’on voit mais de ce qu’on ressent intérieurement et qui est partagé par le groupe. Comme s’il agissait finalement de se libérer de l’enchaînement.

 

Pour finir souvenons-nous du vieil adage de Benjamin Franklin :

« Tu me dis, j’oublie.
Tu m’enseignes, je me souviens.
Tu m’impliques, j’apprends.
 »

J’oserais ajouter :
Répète ce que tu as appris afin de le consolider pour pouvoir ensuite le transmettre.

 

La forme yang (enchaînement de 24 mouvements

 


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