Critères de qualité: Goethe

La vision de Goethe et les critères de qualité des huiles essentielles

Peut-on définir objectivement des critères de qualité pour les huiles essentielles ? 

Nous essaierons de répondre à cette question en nous basant sur notre conception actuelle – essentiellement analytique – qui justifie les propriétés thérapeutiques en établissant une relation structure / activité (c’est-à-dire une correspondance entre les familles biochimiques et certaines propriétés thérapeutiques). Puis devant l’impasse devant laquelle nous nous trouverons, nous changerons de paradigme pour retrouver l’approche de Goethe.

Les normes édictées par la CEE (AB ou euro-feuille) sont trop permissives et ont permis, ces dernières années, l’apparition d’une industrie agro-alimentaire « bio ».
Bio ne veut plus dire grand-chose parce que tout, à la limite, est bio.
Toutefois, il existe les cahiers des charges moins permissifs notamment les labels suivants : Déméter, Nature et Progrès, Syndicat des simples.

Deux tendances coexistent : le développement d’une industrie agricole bio et le travail effectué par de petites structures artisanales qui vendent principalement en local.

 

Les critères objectifs de qualité d’une huile essentielle 

– La définition botanique de la plante : pour éviter toute confusion entre espèces.

– Le chémotype s’il s’agit d’une huile essentielle. Nous avons vu dans un précédent article que les labels HEBBT et HECT n’ont plus de sens aujourd’hui. Il est communément admis qu’une plante doit être botaniquement et biochimiquement définie. C’est un minimum, tout le monde le sait (ou est sensé le savoir).

– La vitalité : ce critère s’applique aux extraits et aux huiles essentielles.

Pour les extraits, on utilise la méthode de la cristallisation sensible qui consiste à placer la substance à analyser dans une solution de chlorure de cuivre puis à observer la figure de cristallisation du chlorure de cuivre. Si ce procédé est admis en Allemagne et en Suisse, il n’est pas reconnu à l’heure actuelle en France. La démarche n’est plus objective, il y a une part de subjectivité dans l’analyse des cristaux.

Pour les huiles essentielles, on utilise la sensorialité qui passe par l’olfaction. Autrement dit par le « ressenti » personnel.
Par analogie, en œnologie, le goût et l’olfaction entrent en ligne de compte dans l’évaluation d’un vin et pas seulement sa composition chimique.

Il faut savoir qu’aujourd’hui dans la production des huiles essentielles, le pire (et c’est dramatique) côtoie le meilleur. Aussi limiter les critères de qualité à la définition botanique de la plante et à son chémotype (approche analytique par chromatographie en phase gazeuse (CPG) / spectromètre de masse (SM)) est certes nécessaire mais pas suffisant. D’où l’importance de la sensorialité qui seule permet de mettre en évidence la variabilité dans la qualité au niveau de la vitalité d’une huile essentielle.

 

Quelles sont les altérations possibles nuisant à la qualité d’une huile essentielle ? 

– L’utilisation d’une partie d’une plante à la place d’un autre organe traditionnellement utilisé.
Par exemple dans le cas des huiles essentielles de conifères, afin d’augmenter les rendements, des producteurs peu scrupuleux vont mélanger aux rameaux de conifères traditionnellement utilisés, des parties de bois préalablement broyées. C’est le cas du Cyprès de Provence y compris pour ses huiles essentielles estampillées bio. En outre, ces HE sont plus riches en terpènes. On décèle une note boisée.

– L’utilisation d’alambic de grande capacité (au-dessus de 1200 litres) qui entraîne une baisse de qualité. L’épaisseur plus grande de plantes à traverser par la vapeur induit une note de « brûlé ». Les hydrolats obtenus sont notamment immondes.

– L’utilisation d’alambic à feux qui fournissent des huiles essentielles avec une note de « bouillie » (odeur de soupe).

– Une pression trop élevée qui diminue le temps de distillation et augmente le rendement mais cause une perte de qualité là encore.

– Des plantes cultivées en dehors de leur biotope dont les propriétés thérapeutiques sont différentes. C’est le cas de l’ Hélichryse de Corse cultivée en dehors de son biotope ou de la Lavande officinale qui pousse naturellement au-delà de 700 à 800 m d’altitude cultivée au niveau de la mer.

– Mise en culture de plantes clonales évidemment certifiées bio et dont le profil analytique par CPG est fixe. Ces clones existent depuis une dizaine d’année. C’est notamment le cas d’un clone de Thymus vulgaris var. thujanol mis en culture pour pallier à la pénurie récurrente ces dernières années.

– L’extraction au CO2 supercritique : réputée plus puissante puisqu’on extrait davantage de composants qu’une distillation normale. L’huile essentielle obtenue a une plus grande richesse en composants (produit obtenu différent avec des propriétés in fine différentes) mais la plante est exposée à des conditions physiques « hors de la vie », il en résulte une altération, l’ensemble obtenu est délité avec une déperdition de subtilité. Production rapide à faible coût énergétique mais l’équipement est coûteux.
Les végétaux à l’état sec sont au préalable broyés à froid.
Le CO2 est un gaz naturel capté sur des sources volcaniques, il est non combustible, sans odeur, sans saveur. Le fluide carbonique supercritique représente un état intermédiaire entre les états liquide et gazeux obtenu en faisant varier pression et température : p>73 bars et t>31°C représentant le point critique du passage dans cet état.

– Le cryobroyage puis passage dans de l’azote liquide à -196°C. Là aussi la cohérence de la plante est altérée.

– La production à l’échelle industrielle : cas du Ravinstara à Madagascar, et bientôt de l’Hélichryse en Corse (sur plusieurs dizaines d’hectares).

– Quant aux odeurs recomposées, c’est peine perdue : 4 composants majoritaires ne remplacent pas les centaines de composants que l’on retrouve dans une huile essentielle. Or le tout, c’est la vie.

Pour plus de détails, voir l’article sur les pratiques frauduleuses.

En résumé : avec la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (CPG/SM) : on est dans l’analytique.
Avec la sensorialité on est dans la subtilité, la cohérence (mais ce ne sont plus des critères objectifs de qualité).

Ainsi les techniques analytiques sont objectives mais incomplètes pour rendre compte de la qualité de l’huile essentielle. La mesure de la vitalité par des techniques de sensorialité comme la mesure du pouvoir vibratoire d’une huile essentielle ont une grande part de subjectivité. Dans quelle mesure les résultats sont-ils reproductibles ? Quelle est l’implication de l’observateur ? Ceci constitue la difficulté principale à laquelle ces méthodes doivent faire front : elles ont bien du mal à pénétrer dans le champ de la « science officielle » notamment en France.
Pour autant, la seule détermination botanique ainsi que la description des composants biochimiques ne permettent pas de saisir une « totalité » pressentie au regard des descriptions des plantes qui peuvent être lues dans les textes d’Hildegarde de Bingen (1098-1179), Paracelse (1493-1541) ou Goethe (1749-1832). Nos conceptions modernes semblent être dépourvues de profondeur sans parler des approches chamaniques.


L’approche goethéenne des plantes

Goethe se démarque, au moment de l’apparition de la chimie analytique et des travaux botaniques de Linné, par une approche des végétaux basée sur ses travaux dans la « La Métamorphose des Plantes » (1790). Il observe la croissance de la plante dans le temps, c’est-à-dire de la germination jusqu’à la floraison, en tentant de saisir l’unité qui est à l’origine des formes, des couleurs… que la démarche analytique ne peut appréhender.

Aborder la méthode de Goethe consiste à substituer à la relation « structure / activité », une relation « active / sensible » en utilisant notre sens olfactif (on est bien dans la sensorialité).

L’arôme peut être saisi en tant que notes olfactives ou comme une unité descriptible dans un langage approprié et qui paraît en relation avec l’organisation générale de la plante étudiée ou son « être ». Notion que nous avons perdue en nous tenant éloignés de la Nature, comme exilés avec le triomphe de l’approche scientifique initiée par la Renaissance et prépondérante dès le XVIIIème siècle.

En pratiquant la méthode goethéenne, c’est-à-dire en prenant en considération le milieu dans lequel pousse la plante, l’observation attentive de son arôme, nous pouvons saisir l’unité, « l’être » que constitue cette plante dans toute sa cohérence.

Il ne s’agit pas de nier, entendons-nous bien, l’approche contemporaine, mais d’élargir notre champ de connaissance ou de perception. La taxonomie telle qu’elle est définie par Linné et ses successeurs, la connaissance des composés biochimiques sont essentielles mais doivent être replacés dans le contexte d’une approche où nous fonctionnons en tant que miroirs de la « réalité » qu’est une plante ou de son âme.

 

L’approche goethéenne appliquée aux huiles essentielles 

Quelle compréhension pouvons-nous avoir d’une espèce végétale par sa botanique systématique, sa composition biochimique et l’établissement d’une relation structure / activité qui renvoie à un effet en thérapeutique ?

L’approche goethéenne utilise nos sens notamment la vue et l’odorat.
Ainsi, pour une huile essentielle on peut décrire des notes (boisées ou fruitées par exemple) un peu à la façon des parfumeurs, puis laisser venir à soi des métaphores suggérées par l’odeur, enfin décrire les sensations perçues par notre corps (douleur, tension, chaleur, décontraction…) ou notre psychisme (un effet calmant par exemple). Ces différents stades de perception demandent à la fois de l’entrainement prolongé et un temps d’observation plus ou moins long.

L’expérience montre que les observations rapportées, bien qu’elles semblent fortement dépendre des projections personnelles donc de l’implication de l’observateur dans ce processus, sont remarquablement cohérentes, comme si elles permettaient effectivement de saisir l’unité de la plante.
Reste à faire connaître cette science plus intuitive basée sur l’apprentissage de la perception directe et globale de la plante dans le temps (sa métamorphose) et dans sa singularité (l’information qu’elle transmet) qui passe à coup sûr par une reconnexion de notre être à la Nature.


Cet article reprend en partie la conférence donnée par Christian Escriva au 4ème Congrès des Herboristes le 23 avril 2016.
Pour les plus curieux, l’essai de Goethe : « La Métamorphose des Plantes », est disponible  librement en suivant le lien : http://biblio.rsp.free.fr/Goethe/Goethe%20-%20La%20metam%20des%20plantes.pdf

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