Huile essentielle d'agarwood

L’huile essentielle précieuse d’Agarwood

Quand les Bois des Dieux tombent dans les mains des hommes

 

L’utilisation de l’encens des bois odorants d’aloès ou d’agar par les Égyptiens remonte à 3 000 ans. Le commerce de l’encens a constitué la première route de négoces, bien avant la route de la soie. Les moines bouddhistes, les Arabes utilisaient l’encens pour leurs rituels religieux. L’un de ces arbres, le bois d’Agar dont on tire l’huile essentielle d’Agarwood, est communément appelé pour cette raison le « Bois des Dieux ».
Enfin dès le XIVème siècle, les Japonais de la haute société possédaient de précieuses boîtes à encens en laque qui servaient de jeu de reconnaissance des encens issus de différents bois odorants de la péninsule indochinoise : c’est l’art des encens ou le Kôdô.

L’huile essentielle d’Agarwood fut un élément entrant dans les pharmacopées traditionnelles chinoise et coréenne.

Pour obtenir la plus précieuse des huiles essentielles, on immerge le bois pilé en petits morceaux ou réduit en poudre dans l’eau puis on laisse fermenter. Le mélange est ensuite transféré dans des alambics et chauffé à la vapeur. On estime de 10 à 15 kg la quantité de bois nécessaire pour obtenir 100 ml d’huile essentielle. L’huile essentielle d’Agarwood de très haute qualité est vendue entre 50 000 et 200 000 $ le litre.

 

L’Agarwood, un bois odorant aux multiples noms

Le bois d’Aloès est connu sous différents noms à travers le monde : Eaglewood, Agarwood ou bois d’Agar, Jinko, Gaharu et Oudh pour les plus fréquents. Le terme de Calambac désigne plutôt l’oléorésine. Il ne faut pas confondre le bois d’Aloès avec le véritable Aloès de la famille des Asphodelaceæ.
Le bois d’Agar appartient à la famille des Thymeleaceæ qui comprenant la genre Aquilaria dont on connaît une vingtaine d’espèces poussant principalement en Malaisie, en Indonésie, au Laos ou au Vietnam.

Indonésie: bois agarwood à KalimantanAquilaria agallocha est à maturité un assez grand arbre toujours vert de 25 à 30 mètres de haut dont le tronc peut à l’état sauvage atteindre 2 mètres de diamètre à 80 ans. L’arbre présente sur le tronc et les branches des blessures infectées par des moisissures, des insectes xylophages ou consécutives à une agression physique (feu, entailles) donnant lieu à la production d’oléorésines sombres. Une espèce proche (Aquilaria malaccensis) donne un bois résineux de moindre qualité, le Trâm huong (Aquilaria crassna) est le plus réputé.
La production de résine qui imprègne le cœur du bois est pour l’arbre un moyen de défense contre une agression mais tous les Aquilaria n’en produisent pas. Il est par ailleurs difficile de dire si l’arbre est infecté ou non sans avoir à l’abattre.

 

Utilisation traditionnelle du bois d’Agar

Les encens ont une fonction symbolique et sont utilisées dans de nombreuses religions pour leur parfum puissant, leur fumée qui s’élève vers le ciel et leur nature purifiante compte tenu de leur rapport avec le feu.
Ils sont utilisés pour rendre hommage aux divinités mais aussi aux ancêtres, pour stimuler l’ardeur des fidèles, accompagner les prières et les sacrifices, les rites funéraires ou purifier les icônes, les autels ou les officiants.

 

Vertus médicinales de l’huile essentielle d’Agarwood et recherches actuelles

Le bois d’agar est considéré comme une manifestation divine susceptible de purifier le corps et l’esprit. La période de crise que connait la société occidentale nous amène à réutiliser dans le monde profane des substances qui possèdent une forte valeur ancestrale et symbolique. Rappelons-nous que pour se protéger de la peste les gens fortunés portaient des pommes de senteurs remplies de myrrhe, d’encens, d’ambre gris et de storax. Ces mélanges d’odeurs puissantes étaient crédités de vertus protectrices.

La composition biochimique de l’huile essentielle d’Agarwood est partiellement connue. L’huile renfermerait principalement des sesquiterpénoïdes, des acides phénoliques, des cétones (iriflophénones).
L’huile essentielle a été utilisée traditionnellement pour le traitement des douleurs articulaires, des affections inflammatoires et des troubles de l’estomac mais aussi comme sédatif ou léger stimulant. Les extraits bruts du bois d’Agar et certains de ses composés isolés possèdent d’importantes vertus antiallergiques, cardioprotectrices et antimicrobiennes. Le bois d’Agar contient également certains flavonoïdes qui peuvent contribuer au ralentissement du processus de vieillissement ; le thé du bois d’agar, quant à lui, est connu pour améliorer le fonctionnement du système digestif et augmenter la stabilité de la pression artérielle.

Du fait de ses excellentes propriétés pharmacologiques et de son contenu en différents composés bioactifs, des recherches approfondies ont été entreprises pour évaluer ses propriétés antioxydantes. La diminution du stress oxydatif qui en résulte confère des propriétés antidiabétiques et anticancéreuses.
Ainsi le bois d’Agar pourrait se révéler une découverte importante dans le traitement du cancer. Une étude récente a montré l’induction de l’apoptose par destruction de la membrane mitochondriale d’une lignée de  cellules pancréatiques cancéreuses par l’huile essentielle d’agarwood.

 

Commerce illégal des bois odorants et pratiques douteuses

Le commerce des bois odorants est en partie hors de contrôle. La demande ne cesse de croître, notamment en parfumerie, et les profits sont phénoménaux. Les pratiques mafieuses ou de falsifications des huiles essentielles extraites des résines sont courantes. Les huiles sont diluées, de pseudo-bois d’Aloès sont imprégnés d’huiles bon marché. En outre, la simple diversification des noms pour désigner le bois d’Agar rend difficile la mise en place d’un système de certification qui pourrait aboutir à la mise en place de labels pour les bois issus de production durable. Les circuits sont opaques et complexes. Une grande partie des flux transitent par Singapour en provenance des lieux de production et à destination de l’Europe (notamment la France) ou de la péninsule arabe.

Le besoin de durabilité dans la culture et la production de bois d’agar et de ses produits connexes n’a jamais été aussi important. Les forêts sauvages de bois d’Agar tendent à disparaître. Elles subsistent encore en Papouasie-Nouvelle Guinée ou au Laos. « La fièvre du bois d’Aloès » depuis les années 1970 a entraîné une surexploitation et une déforestation avec pour conséquence un bouleversement de l’environnement et du mode de vie de la faune et des populations indigènes.
On oublie trop souvent que les plantations à grande échelle qui remplacent les forêts intactes des bois odorants sont basées sur la misère, la souffrance des paysans les plus pauvres. La pollution par les pesticides et insecticides entraîne un déséquilibre des sols et perturbent probablement la production des molécules actives retrouvées ultérieurement dans l’huile essentielle.

Des blessures ont été infligées volontairement aux arbres à l’aide de grands couteaux ou par cloutage pour stimuler la production de résine. Des techniques d’inoculation de champignons microscopiques ont été promues avec des résultats souvent décevants en termes de qualité du produit fini.

Une huile de très haute qualité ne peut s’obtenir qu’avec du temps et à partir de forêts intacts de bois d’Agar.
Le bois d’Agar est inscrit aujourd’hui sur la liste II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction (CITES).
Enfin des expériences sous l’impulsion d’ONG ou financées par l’UE sont menées au Vietnam afin de retrouver des pratiques responsables et conformes à l’éthique. Elles font appel à des agriculteurs locaux et à des moines bouddhistes dont le savoir-faire est reconnu depuis des centaines d’années. La précieuse huile essentielle de bois d’Agar doit rester disponible pour les générations futures dans une recherche permanente de traitements viables de maladies mortelles.

Ainsi le « Bois des Dieux » tombé aux mains d’hommes peu scrupuleux pourraient retrouver de notre part une certaine bienveillance et nous rendent ses bienfaits aux centuple.

 

Peu de producteurs d’huiles essentielles proposent cette huile rare et précieuse. Emmanuelle et Olivier Servigné de la distillerie « Lueur du Sud » installé à Lussan dans le Gard proposent une huile essentielle d’Agarwood de qualité en provenance du Laos.
Pour les contacter : 06 70 03 85 40 (appeler de la part d’Alma Consult)

.


Articles apparentés qui pourraient vous intéresser
La route de l’Encens et de la Myrrhe (partie 1)
La route de l’Encens et de la Myrrhe (partie 2)
Bois de Santal, le coffret aux merveilles
Le Galbanum, huile sacrée et secret de parfumeur 

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *