Les principaux rôles du foie

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Crise de foie, crise de mots

 

Parlez entre vous du foie, immédiatement vous vient à l’esprit l’huile de foie de morue de nos grands-parents ou le foie gras (nous y reviendrons) et son corollaire éventuel  la crise de foie.

Sur le plan des émotions

  • Le foie est aussi associé dans le langage parlé à la peur. Ne dit-on pas « avoir les foies » ou « avoir les foies blancs » ? Le foie perd de sa couleur et c’est un signe de peur. D’une façon plus manifeste, la peur rend le visage livide. Le visage perd de sa couleur car il est moins coloré par le sang. Or, du fait de son action physiologique, le foie est normalement gorgé de sang. Par analogie, en se vidant de son sang, le foie perd de sa couleur et devient blanc.
  • Un autre sentiment, l’inquiétude, pas très éloignée de la peur, est portée par la bile secrétée par le foie. Si nous reprenons la théorie des humeurs d’Hippocrate, la bile jaune est associée à la à l’inquiétude (ne dit-on « se faire de la bile » quand on se fait du souci ?). Quant à la bile noire, elle est secrétée par la rate et est associée à la mélancolie, ce qui a donné : être atrabilaire.

L’étymologie du mot « foie » est controversée. Selon certains linguistes, « foie » viendrait du verbe « se figer » (figere en latin) au sens du sang coagulé. Pour d’autres, foie serait issu du latin ficatum (foie déjà gras) formé à partir de ficus (les figues) au sens d’un foie d’animal engraissé par des figues. Le gavage des canards, dans le Sud-Ouest, est un véritable supplice digne de celui de Prométhée dont… le foie est perpétuellement rongé par un vautour. D’où « se ronger les foies » quand nous sommes angoissés.
Ainsi, le foie a un rapport prégnant avec le sang, le gras, mais aussi avec des sentiments tournant autour de la peur (peur de se faire du mauvais sang) et de l’inquiétude.
Dans la médecine traditionnelle chinoise, au Bois qui est l’un des cinq mouvements, sont associés le foie, le goût acide, le vert, le printemps et la colère.

 

Un peu d’anatomie et de physiologie

Comme nous le soupçonnions, le foie est un organe non seulement très gros (1 500 g chez un adulte) mais aussi complexe et polyvalent. Il se situe sous le diaphragme, côté droit, et se compose de deux lobes. Sur le plan histologique, il est formé en grande majorité d’hépatocytes dont la durée de vie est évaluée à 4 mois.
Sa vascularisation est particulière : le sang arrive au foie d’une part par l’artère hépatique (en provenance du cœur) et d’autre part par la veine porte (en provenance du tube digestif : estomac, grêle et côlon). Le retour veineux au cœur se fait par la veine hépatique qui rejoint la veine cave. Le foie filtre environ 2 litres de sang par minute !

Le foie joue un rôle dans le métabolisme des macronutriments et des micronutriments.

  • Métabolisme des glucides : stockage du glucose sous forme de glycogène sous l’action de l’insuline.
  • Métabolisme des lipides : synthèse du cholestérol et de lipoprotéines, dégradation du cholestérol en acides biliaires.
  • Métabolisme des protides : synthèse des protéines circulantes du sang (albumine, VLDL, HDL), de facteurs de coagulation (il participa ainsi à l’homéostasie de la circulation).
  • Stockage des vitamines liposolubles (A, D, E et K) ou hydrosolubles (vitamine B2) et des oligoéléments (fer, cuivre).

Le foie est impliqué dans l’immunité et la détoxication (destruction des toxines et des médicaments, conversion de l’ammoniac en urée, transformation de la bilirubine en bilirubine conjuguée).

 

La détoxication hépatique

Cette importante fonction du foie concerne les déchets du fonctionnement du métabolisme et les substances exogènes ou xénobiotiques (toxines microbiennes ou environnementales, médicaments, alcool). Hydrosolubles, elles sont directement éliminées dans les urines. La détoxication consiste en la transformation des substances liposolubles en substances hydrosolubles éliminées ensuite dans les urines, la bile ou les selles. La détoxication fait intervenir des enzymes et des cofacteurs et comprend 3 phases :

  1. Phase I : la fonctionnalisation. Elle fait intervenir des enzymes microsomales, en particulier les cytochromes P450 qui assurent des réactions d’oxydation (greffe d’un groupement –OH). Elle génère un stress oxydant qui doit être maîtrisé par les systèmes antioxydant de la cellule.
  2. Phase II : la conjugaison. Les enzymes assurent des réactions de conjugaison (glucuronyl, glutathion, sulfate ou méthyl).

De nombreux cofacteurs sont mobilisés au cours des phases I et II : fer, cuivre, magnésium, sélénium, zinc, vitamines (B1, B2, B6, B9, B12 et C). Certaines plantes (nous y reviendrons) sont activatrices ou inhibitrices des enzymes des phases I ou II.

  1. Enfin, la phase III : transport et élimination des conjugués.

 

xénobiotiques

Troubles hépatiques : causes et manifestations

80 à 90% du parenchyme hépatique doit être détruit avant l’apparition de signes cliniques associés directement au foie. C’est seulement à ce moment que le bilan enzymatique est altéré.
Les manifestations d’un dysfonctionnent hépatique sont nombreuses : migraines, stries longitudinales sur les ongles, selles molles et mousseuses associées à des douleurs abdominales de l’hypocondre droit, urines foncées avec une diminution de la diurèse et des mictions nocturnes. Des troubles du sommeil avec un réveil vers 2 ou 3 heures du matin, un ictère avec des démangeaisons, des troubles psychiques (humeur changeante, troubles de la personnalité, confusion mentale) divers ont été décrits.

Les causes sont multiples : il peut s’agir d’une intoxication (médicaments notamment chimiothérapie ou à visée cardiovasculaire, toxines comme le CCl4 et alcool), d’une conséquence de troubles endocriniens, d’insuffisance fonctionnelle des émonctoires (système urogénital, poumon, vésicule biliaire) ou de l’intestin (dysbiose, hyperperméabilité).
Un foie normal évoluera pathologiquement vers la stéatose, puis la fibrose, enfin la cirrhose avec un risque accru de cancer.
La stéatose se caractérise par l’accumulation de graisses notamment de triglycérides dans les cellules du foie. Elle est souvent liée à l’obésité, le diabète, l’intoxication alcoolique. Cliniquement, le foie augmente de volume et induit une gêne au niveau de l’abdomen, une sensibilité à la palpation.

 

Comment évaluer une insuffisance hépatique chronique (méthode du Dr Bacquès)

Cette méthode de diurèse minutée est relativement simple à mette en œuvre.
Elle consiste, au réveil, après avoir uriné pour vider sa vessie des urines de la nuit, à boire 500 ml d’eau en 5 minutes. Puis à uriner en mesurant chaque demi-heure la quantité dans un flacon gradué en restant couché entre les mictions et à jeun jusqu’à la fin de l’épreuve, on obtient ainsi 6 chiffres (en cm3) correspondant à la 1ère demi-heure, à la 2ème,…, à la 6ème. De ces 6 chiffres, on ne retient que le plus élevé (c’est souvent celui de la 3ème demi-heure). Ce chiffre est rapporté aux différents seuils de l’insuffisance hépatique selon l’âge (cf. tableau 1).

<300 cm  jusqu’à 50 ans
<250 cm3  de 50 à 60 ans
<180 cm3  de 60 à 70 ans
<150 cm3  de 70 à 80 ans
<120 cm3  au-delà de 80 ans

Tableau 1. Seuils de l’insuffisance hépatique selon l’âge

Ainsi, si le résultat du test est 185 cm3, on peut parler d’insuffisance hépatique si le sujet à moins de 60 ans, en revanche le résultat est normal pour un patient plus âgé.

 

Importance de la complémentation

Les 4 axes de la micronutrition sont la détoxication, la protection hépatique, l’élimination des lipides et le drainage.

  • La détoxication consiste dans l’apport de nutriments essentiels et de cofacteurs.
  • La protection hépatique combat le stress oxydant à l’aide d’antioxydants.
  • L’élimination des lipides lutte contre la stéatose avec des substances lipotropes.
  • Le drainage (urinaire et biliaire) renforce les fonctions d’élimination.

Mais avant toutes choses, les problèmes liés à l’intestin (déséquilibre de la flore, hyperperméabilité) devront être traités en amont.

(À suivre: Hépatotoxicité des huiles essentielles. Étude de cas : les phénols.)

 

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